L’enchâssement (3/5)

L’enchâssement I

3. Afrika

Le 2 février 2010, huit ans après son baptême à l’Église de Jésus-Christ sur terre par le prophète Simon Kimbangu et cinq ans après son apprentissage de l’écriture Mandombe, David Mboko Mavinga découvrit, sous le coup d’une « inspiration divine révélée par Simon Kimbangu, Dieu Tout-puissant de ses ancêtres », une nouvelle écriture. Quand je lui demandai, par email, pourquoi il avait inventé l’écriture Afrika, il me répondit :

Je n’ai pas eu la moindre intention ou projet d’inventer une écriture. Il s’est plutôt agi d’une révélation divine. Ce qui explique même que c’est seulement dans l’espace de trois jours (du 2 février au 4 février 2010) – sous l’extase – que j’ai pu inventer l’écriture Afrika.

Cette nouvelle écriture, il la nomma d’abord « Mbokienne », ainsi qu’il l’explique dans la section « historique » de son livre où il parle de lui-même à la troisième personne :

Mais comme dit la Bible, la volonté de Dieu n’est pas celle des hommes, Dieu n’accepta pas cette appellation et la lui dicta au nom de l’écriture Afrika, à travers un rêve, car dit-il : « Ceci concernera tout le peuple africain, et l’homme noir en particulier ». Et Mboko fit ainsi, telle était la volonté de Dieu.

Pendant les neuf mois qui suivirent sa révélation, Mboko écrivit un manuel d’apprentissage de l’écriture Afrika, sur le modèle de celui de l’écriture Mandombe. Puis il reçut une révélation du Saint-Esprit qui lui intima de se rendre à Nkamba, comme David Wabeladio Payi l’avait fait trente-deux ans auparavant. Le voyage commença le 18 octobre et plusieurs miracles ou « mystères » eurent lieu, que David Mboko interpréta comme autant de certificats de légitimité kimbanguiste de son écriture.

Premier miracle. En arrivant à Nkamba, à six heures du soir, un coq chanta. Deuxième miracle. Mboko rencontra une tante paternelle décédée deux ans auparavant. Troisième miracle. Un ange de Dieu lui apparut qui lui dicta les paroles qu’il devrait répéter à Simon Kimbangu Kiangani, chef spirituel de l’Église kimbanguiste, petit-fils du prophète. Quatrième miracle. Après avoir été piqué au front par une abeille, Mboko est guéri par le chef de l’Église.

David Mboko considère l’écriture Afrika comme une variante améliorée de l’écriture Mandombe. Tandis que l’écriture Mandombe comporte 110 caractères syllabiques, l’écriture Afrika est alphabétique, elle se contente ainsi de 25 lettres, cinq voyelles et vingt consonnes. Les voyelles sont empruntées à l’écriture Mandombe et certaines consonnes – J, K, V, W, Y, Z – proviennent, sous des formes dérivées, de l’alphabet latin. On remarquera au passage que le point d’attache de la consonne à la voyelle est, dans l’écriture Afrika, explicitement dessiné, tandis que le Singini reste « enfoui » dans les caractères Mandombe.

Alphabet Afrika

Alphabet Afrika

L’écriture Afrika se caractérise également par une dimension partiellement componentielle. La procédure de construction des caractères est toutefois radicalement simplifiée. David Mboko décida de faire dériver onze consonnes de trois formes de base : le carré, le rectangle et le triangle. On remarquera d’ailleurs que le triangle est obtenu à partir du carré.

AfrikaCarre

AfrikaRectangle

AfrikaTriangle

L’écriture alphabétique et componentielle Afrika est ainsi, à ma connaissance, la plus récente des inventions scripturales africaines. Je laisse David Mboko Mavinga conclure lui-même cette brève présentation.

Je pense que ma révélation a une importance considérable, surtout pour une Afrique qui manquait encore d’une écriture autochtone alphabétique, la plus moderne qui puisse exister depuis la création du monde.

À suivre.

Références

David Mboko Mavinga, L’écriture Afrika. Une nouvelle invention Négro-Africaine (2011), Edilivre.com.

« Rencontre avec David Mboko Mavinga » (2012), Edilivre.com.

Email de David Mboko Mavinga à l’auteur, 3 août 2013.

Licence

Ce texte est publié sous licence Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l’Identique 3.0 Unported.

Une réflexion sur “L’enchâssement (3/5)

  1. Votre approche dans la compréhension de l’invention de l’écriture Afrika est une avancée sur le plan linguistique. Quitte aux chercheurs africains et congolais en particulier de faire prendre conscience aux intellectuels et aux politiques que l’outil d’une véritable révolution culturelle africaine vient de voir le jour.

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