Livres

La folie arctique. Bruxelles, Zones sensibles, 2017.

« “Quoi me reposer après vous avoir vu cette nuit tuer Jésus Christ et sa mère et les jeter en enfer, non ! Non, je suis ici pour les venger”. Sur ce il prit la porte, retourna à la cuisine et revint avec une hache à la main.»

Ce livre porte sur la folie qui s’est emparée du missionnaire catholique français Émile Petitot (1838-1916), parti évangéliser les Indiens Déné dans le Grand Nord canadien, Petitot dont toute l’œuvre ethnographique repose sur un long délire qui mêla persécutions imaginaires, interprétations historiques et culturelles invraisemblables et crises de fureur schizoïdes.

Lettres mortes. Essai d’anthropologie inversée. Paris, Fayard, 2017.

Comment les Amérindiens ont-ils perçu l’alphabet occidental ? Que sait-on de leurs propres écritures ? Quels rôles leur ont-ils fait jouer au sein de leurs dispositifs politiques ou religieux ? Les colonisateurs, et les anthropologues après eux, ont longtemps considéré les sociétés amérindiennes comme dépourvues d’écriture, alors qu’elles employaient des techniques subtiles d’inscription graphique, le plus souvent dérobées aux yeux des observateurs extérieurs. La fameuse « Leçon d’écriture » de Claude Lévi-Strauss dans Tristes tropiques est le témoin magistral de ces malentendus. Cette scène mythique est ici disséquée et repensée. En étudiant les conceptions amérindiennes de l’écriture, fragmentées et disséminées dans les arts graphiques, les mythes, les discours des chefs et les rituels des chamanes et des messies, j’établis les coordonnées d’une anthropologie inversée, par laquelle ce sont cette fois les colons et leur culture qui sont pris comme objets de pensée. Ce faisant, je mets au jour les conditions épistémologiques et politiques de toute enquête anthropologique, tout en laissant sourdre dans la composition même du livre la violence, symbolique et réelle, qui a donné dans les sociétés amérindiennes forme et valeur à la notion d’écriture.

Repartir de zéro. Paris, Éditions Mix, 2016.

En 1964 le poète américain Jerome Rothenberg déclame à New York devant un auditoire médusé des vers « primitifs et archaïques » librement traduits des traditions indiennes d’Amérique du nord. Quatre ans plus tard il en tire une anthologie qui fit date, Les Techniciens du sacré, empruntant aux avants-gardes de l’époque leurs ambitions et leurs procédés. En exhumant les sources de ces textes, j’observe la métamorphose de discours traditionnels recueillis par des ethnologues en œuvres proches des expérimentations du mouvement dada, de la poésie concrète ou des poètes du Black Mountain College. Cette rencontre entre ethnologie et littérature permet d’aborder d’un regard neuf les problèmes de la traduction des traditions orales, de la signification des glossolalies, de la diversité des formes d’écriture et des aléas du statut de l’auteur.

Inventer l’écriture. Paris, Les Belles Lettres, 2013.

Proposition théorique concernant l’invention et les usages de l’écriture, sous la forme d’une enquête historique chez les Indiens d’Amérique du Nord. Entre le 17e et le 19e siècles, des prophètes et des chamanes amérindiens inventèrent des écritures dont les principes de notation différaient profondément de ceux des écritures qui nous sont familières – tel l’alphabet latin. L’hypothèse du livre, élaborée à partir de l’étude des usages scripturaires amérindiens, est que toutes les écritures au moment de leur invention furent des écritures attachées : elles étaient destinées à transcrire des discours rituels préexistants dans le cadre d’institutions qui en organisaient la transmission et la récitation. Ce renversement de perspective permet de renouveler la réflexion sur l’origine des grandes écritures apparues au cours de l’histoire de l’humanité, en Mésopotamie, en Égypte, en Chine et chez les Maya. Le problème de l’invention de l’écriture s’affranchit ainsi des approches classiques qui n’ont jamais su aborder correctement les écritures sélectives et qui se contentèrent de lier l’apparition de l’écriture à la genèse de l’État.

Le Chant de l’anaconda. L’apprentissage du chamanisme chez les Sharanahua. Nanterre, Société d’ethnologie, 2009.

Étude de l’apprentissage des chants chamaniques chez les Sharanahua d’Amazonie occidentale. L’argumentation porte en particulier sur la manière dont les Sharanahua se représentent eux-mêmes les variations épistémologiques entre leurs différents savoirs (ordinaire, mythique, chamanique). De nombreux chants chamaniques sharanahua sont présentés et commentés. Il s’agit d’une version abrégée de ma thèse de doctorat.

« Les raisons pour lesquelles ce livre est bon sont si nombreuses que je n’ai ni le temps ni la place d’exposer toute son excellence et toutes ses qualités. Aussi, tous ceux qui, mal intentionnés ou dissimulés, seraient ennemis de ce livre et voudraient le détruire, se montreraient adversaires de tous les biens qu’il contient. Telles sont donc les qualités de ce livre, et telles seraient la méchanceté et la faute de ceux qui, par malice, le combattraient »