Parution XXIII

Deux nouveaux textes parus dans la revue Gradhiva.

Le premier livre, Gradhiva 32, 2021, p. 48-59.

Entre 2000 et 2014, les pratiques chamaniques des Shipibo-Conibo du Pérou se sont transformées. Des livres de magie, publiés en espagnol et vendus dans les marchés de la région, ont trouvé leur chemin dans des cérémonies traditionnellement dominées par l’oralité. Un tel phénomène d’innovation rituelle permet d’interroger la valeur que certains chamanes shipibo-conibo accordent à l’oral et à l’écrit. Une première version de ce texte est parue en 2016 dans la revue Gruppen sous le titre Retour à Pucallpa.

Le dernier livre, Gradhiva 32, 2021, p. 144-157.

Au nord de la péninsule du Yucatán, les Mayas du village de Xocén se transmettent un récit à propos d’un livre aux propriétés stupéfiantes. Il s’agit non seulement d’un livre vivant, sans auteur humain, apparu lors de la création du monde, mais aussi d’un livre qui contient la totalité du savoir, la chronique exhaustive du passé comme les prophéties de l’avenir. Les Mayas de Xocén disent que ce livre leur a été donné par Dieu. Ils disent aussi qu’il leur a été dérobé et qu’il est désormais conservé quelque part aux États-Unis. Ils expliquent ainsi la spoliation coloniale et la permanence de la domination impérialiste. Ils prédisent enfin qu’un jour le livre leur reviendra. Ce texte est extrait d’un ouvrage en cours de rédaction intitulé L’anti-livre ; il y sera question de livres qui n’existent pas.

Fragment 7

Le 6 juin 1826, parmi les six sœurs Brontë, on comptait deux mortes et un garçon. La tuberculose avait emporté l’année précédente Maria et Elizabeth, les deux aînées. Charlotte avait dix ans, Branwell neuf, Emily huit et Anne six. Ce jour-là, le garçon se vit offrir par son père, le révérend Brontë, douze soldats de bois, douze bonshommes miniatures. Les enfants s’approprièrent les jouets sur le champ. Ils les baptisèrent, en firent les héros d’aventures extraordinaires puis les conteurs de ces aventures. Un autre jeu, découvert plus tard, s’inspirait des Fables d’Ésope et mettait en scène des titans. Un autre encore distribuait ses protagonistes sur les îles d’un atlas géant. Les personnages proliférèrent, avatar après avatar, pseudonyme après pseudonyme, et ils furent tour à tour pris en charge par les quatre sœurs qui tinrent ainsi la chronique manuscrite de leurs explorations, conquêtes, batailles et intrigues. Il faut mesurer la prégnance de ces récits et de ces mondes à un âge où la mémoire n’est guère encombrée, où une multitude de premières expériences n’ont jamais eu lieu. Le temps ralentissait, parfois peut-être se suspendait, et un monde entier, plusieurs mondes même, se condensaient en une phrase immobile mais inlassablement reprise par l’une ou par l’autre. Nous sont ainsi parvenues quelques milliers de pages secrètes couvertes d’une écriture miniature, à l’échelle des soldats de bois, parsemées de dessins et de cartes d’un monde qui ne cessa de s’étendre et de se scinder. Le pays originel de la Ville de Verre fit au fil des années place à l’empire colonial africain d’Angria et au royaume arctique de Gondal, le premier inventé et peuplé par Charlotte et Branwell, le second, plus mystérieux, par Emily et Anne.

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À propos de L’autre-mental

L’autre-mental a été accueilli à sa sortie l’année dernière par un concert de réactions virulentes, parfois d’une malveillance extrême. Deux articles en particulier ont dressé de mon livre – et de moi – un portrait dans lequel j’étais bien incapable de me reconnaître, faisant d’un ouvrage ludique et joyeux un brûlot amer et colérique, me dépeignant en affreux réactionnaire plein d’ambition ou de ressentiment. Aucun de ces articles n’évoquait le contenu du livre, donnant l’impression de n’en avoir vu que quelques phrases glanées en quatrième de couverture ou dans la presse. Ne souhaitant pas réfuter des critiques qui fustigent un ennemi imaginaire mais convaincu par quelques amis qu’une mise au point pourrait avoir son utilité, je me contenterai de rappeler ici ce que je ne peux que considérer comme des évidences.

Alors, non, ce livre n’est pas un pamphlet contre l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro ; j’ai voulu y explorer trois trajectoires créatives très différentes qui partagent néanmoins un même point de départ, un même appétit fantasmatique pour la science-fiction, c’est-à-dire, dans ce contexte, pour l’altérité cognitive radicale. Et, non, la critique des anthropologues ne constitue pas le cœur du livre ; il s’agissait plutôt de définir, d’examiner et de contraster trois positions théoriques : celle d’anthropologues qui selon moi pratiquent une forme de ventriloquie (et dont Viveiros de Castro n’est qu’un exemple parmi trois autres), celle des écrivains de science-fiction dont Philip K. Dick est pour moi une figure privilégiée, et la mienne, que je tente d’expliciter à la fois par une mise en perspective, elliptique et parfois cruelle, de ma trajectoire intellectuelle et par une transmigration dans la figure un peu fantasque et délirante d’un professeur Challenger au statut au moins ambigu. Trois manières très distinctes de faire de la science-fiction.

Plus précisément, non, je ne juxtapose évidemment pas Carlos Castaneda et Viveiros de Castro pour suggérer que ce dernier est un menteur ou un manipulateur, de même que son voisinage avec Lucien Lévy-Bruhl ou Benjamin Lee Whorf n’implique pas que tous sont identiques et qu’ils partagent l’ensemble de leurs caractéristiques. Non, je ne critique pas les travaux ethnographiques de Viveiros de Castro ; il n’en est pas question dans ce livre, pas plus que des Arawété, et je leur rends même hommage dans une note. Non, je ne critique pas les prises de positions politiques de Viveiros de Castro, avec lesquelles il me semble que je suis généralement d’accord (pour autant que je les connaisse) ; je le signale d’ailleurs, très explicitement, dans la préface du livre. Non, je ne diffame pas la personne, la réputation et l’œuvre de Viveiros de Castro ; je ne critique qu’une partie, bien délimitée, de ses travaux ; et si je le fais de manière parfois vive, je n’ai quant à moi jamais voulu être blessant. Non, je ne fais aucune allusion cryptique à sa vie personnelle – que je ne connais pas. Non, je ne résous aucun complexe d’Œdipe par un revirement tardif et le meurtre symbolique d’une quelconque figure paternelle ; j’ai certes, comme tous les anthropologues travaillant en Amazonie, lu les textes de Viveiros de Castro sur le perspectivisme amérindien il y a une vingtaine d’années, parmi bien d’autres, mais tout en admirant leur qualité argumentative, je n’ai jamais adhéré à leur contenu et ne m’en suis jamais caché dans mes écrits. Non, L’autre-mental ne traite pas du seul Viveiros de Castro ; il n’est question de certaines de ses idées que dans deux chapitres du livre et leur critique n’en est clairement pas l’enjeu central.

Plus généralement, non, comparer des anthropologues à des écrivains de science-fiction n’est pas à mes yeux une insulte, c’est au contraire en grande partie un compliment – de ce point de vue, mon livre les élève au statut d’écrivains de science-fiction plutôt qu’il ne les y rabaisse. Non, je ne m’exprime pas au nom ou avec l’appui d’une quelconque institution académique parisienne – quiconque connait ma trajectoire sociale et l’ethos qui en résulte aura probablement ri à la suggestion de cette idée incongrue. Non, je n’ai pas écrit ce livre un couteau entre les dents, les yeux injectés de sang, en hurlant au retour à l’ordre et à l’autodafé ; j’ai au contraire pris plaisir à écrire en quelques mois un texte expérimental et impertinent que je souhaitais à la fois clair et drôle, réflexif et conflictuel, dans lequel je mettais en lumière la sensibilité intellectuelle peut-être un peu nouvelle, entre scientisme et postmodernisme, qui sous-tend tous mes travaux depuis le Chant de l’anaconda et qui, croyais-je, pouvait entrer en résonance avec d’autres approches dans les sciences humaines, l’histoire ou la philosophie. Non, je n’ai pas écrit un seul et unique livre ; et pour qui est curieux de mes positions théoriques, esthétiques et mêmes politiques (c’est tout un), il suffit de piocher dans une bibliographie que je crois d’accès aisé. Non, je ne cherche ni la polémique, ni à faire du bruit – au contraire, je déteste ça, je chéris par-dessus tout la marge, la discrétion et l’incognito, et c’est pourquoi je garderai désormais le silence sur cette affaire. Enfin, non, je ne recherche évidemment pas la notoriété, pas même en brûlant des temples – l’idée même de considérer des membres de la communauté académique comme des idoles me fait horreur et je regrette le temps, s’il a jamais existé, où l’on pouvait philosopher à coups de marteau.

Parution XXII

(From the Publisher) Missionary, linguist, and ethnographer Emile Petitot (1838–1916) was known for his work in Canada’s Northwest Territories and as the author of a corpus including the first grammar of an Amerindian language and an astonishing body of transcribed ritual texts and myths. However, over the course of his twenty years in the Arctic Circle, he descended into a long delirium and began to summon imaginary persecutions, pen improbable interpretations of his Arctic hosts, and explode in paroxysms of schizoid fury. In telling this story, Pierre Déléage reconstructs, step by step and with the ethnographer’s eye, the biography of a delusion. Delving into the obverse of the very texture of ethnographic inquiry, Déléage takes us on an enthralling journey across the indigenous Arctic world, moving skilfully between ethnobiography and the analytic conundrums that arise in profound cognitive displacement. Whoever wishes to know the cost of knowing alien cultures will find this anthropological novella hard to put down.

Hau Books / University of Chicago Press

Parution XXI

Pierre Déléage, « Toward an Epidemiology of Ritual Chants », Social Analysis 64 (3), 2020, p. 113-144.

This article develops an epidemiological approach to the analysis of ritual discourse, comparing three distinct genres of Amazonian ritual chants: Wayana, Sharanahua, and Ingarikó. The aim is not to identify the inherent properties of chants, nor to establish ideal types of ritual context (initiation, shamanism, prophetism), but to analyze the different factors affecting the stabilization of the heterogeneous elements of ritual traditions. First, I identify the different procedures (order transfer, parallelism, intersemioticity, and inscription) that stabilize content. Then, assuming that the spread of ritual chants depends on an institutional apparatus, I explore the chants’ rules of distribution and the types of legitimizing authority involved. Finally, I show how the combined analysis of these different factors offers us a new way of understanding ritual innovation.

Parution XX

En librairie à partir d’aujourd’hui

(Présentation de l’éditeur) Les anthropologues et les écrivains de science-fiction ne poursuivent-ils pas au fond une même quête, celle de l’altérité radicale ? Certes, tandis que les seconds recourent à la fiction pour figurer le monde vertigineux des aliens peuplant leur esprit, les premiers se recommandent de la science pour décrire des sociétés autres qui, aussi étranges et stupéfiantes que nous soient donné à voir leurs mœurs et leurs mentalités, n’en sont pas moins réelles. Cette frontière des genres, il arrive pourtant que certains anthropologues la franchissent : escamotant les modes de pensée des cultures qu’ils se proposent d’étudier, ils y projettent alors leur propre imaginaire métaphysique. 1900-1925 : Lucien Lévy-Bruhl invente une pensée prélogique qu’il attribue aux sociétés dites primitives. 1925-1950 : Benjamin Lee Whorf invente une pensée de l’événement qu’il considère comme immanente à la langue des Hopi. 1950-1975 : Carlos Castaneda invente une pensée psychédélique qu’il prête à un Yaqui imaginaire. 1975-2000 : Eduardo Viveiros de Castro invente une pensée multinaturaliste qu’il dit dérivée des traditions amérindiennes. En exposant le brouillage des niveaux de réalité dans lequel excelle un écrivain comme Philip K. Dick pour faire résonner son œuvre avec les fabulations théoriques de cette école de pensée informelle, Pierre Déléage entreprend une archéologie de la subjectivité spéculative et s’essaie à nouer autrement les relations, toujours conflictuelles mais toujours productives, entre science et fiction.

Pour en savoir plus, on peut lire ce long entretien dans la revue Ballast.

Lecture dans Terrains/Théories (11, 2020, par Camille Chamois).

Parution XIX

Deux ou trois parutions récentes.

D’abord un numéro thématique de la revue Gradhiva que j’ai coordonné avec Emmanuel Grimaud et que nous avons intitulé Estrangemental. On a voulu y réfléchir à ce qui se passerait si, plutôt que Boas, Malinowski ou Lévi-Strauss, on faisait de Philip K. Dick la figure tutélaire de l’anthropologie. Le résultat est, je crois, détonnant. Le texte que je publie dans ce numéro, « Manhattan Transfer », restitue la pensée métaphysique de Benjamin Lee Whorf et la confronte avec certains ressorts de l’œuvre de Philip K. Dick.

Ensuite un texte intitulé « Histoire politique du zombi » est paru dans la livraison 190 de Lundimatin. Écrit l’année dernière, il propose une réflexion historique sur le concept originellement haïtien de zombie en montrant comment il fut le véhicule de trois critiques successives : une critique des rapports de domination coloniaux, une critique de l’aliénation de la classe dite moyenne, et enfin une critique de la déliquescence accélérée de nos conditions de survie.

On pourra enfin aller regarder Les Fabricants de prières, film documentaire qu’Emmanuel Germond et moi avons réalisé en Bolivie à propos d’une écriture attachée singulière et méconnue.

Parution XVIII

Quelques parutions récentes que je n’ai pas pris le temps d’annoncer sur ce site.

D’abord un long texte dans le dernier numéro de la revue Les Temps Modernes. Il s’agit du récit de la vie de Robert H. Barlow (1918-1951), jeune écrivain imprégné de l’imaginaire lovecraftien qui devint anthropologue au Mexique, étudiant successivement les cultures nahuatl et maya. J’ai voulu dans ce texte faire ressortir les motivations littéraires, fantasmatiques et politiques – c’est tout un – du travail anthropologique. Ses impasses comme ses lignes de fuite. J’ai aussi très probablement voulu y dénouer une relation longue et compliquée avec H. P. Lovecraft et W. S. Burroughs.

« La transmigration de Robert H. Barlow », Les Temps Modernes 700, 2018, p. 121-164.

Ensuite, avec l’édition de l’ouvrage d’Alfonso M. García Téllez, Écrits. Manuscrits à miniatures otomi, j’ai parachevé un travail au long cours, commencé en 2007 et à peu près terminé en 2015. Il s’agit de la reproduction en fac-similé couleurs des quatre manuscrits canoniques d’Alfonso García Téllez, célèbre spécialiste rituel des Otomis de la Sierra Norte de Puebla (Mexique). Les trois premiers livres décrivent et expliquent la très riche liturgie de plusieurs cérémonies otomis dont l’une des caractéristiques saillantes est d’employer, afin de rendre présentes les entités surnaturelles, des figurines de papier découpé. Le quatrième relate par une association inédite entre texte et images le récit d’origine de ces institutions rituelles. Les annexes comprennent des variantes ainsi qu’un cinquième manuscrit, aujourd’hui en déshérence. J’ai rédigé une longue préface et assuré la traduction des manuscrits de l’espagnol vers le français. Jacques Galinier, grand spécialiste des Otomis, a bien voulu consacrer une postface à l’ouvrage. Deux recensions ont paru au Mexique, l’une d’Iván Pérez Téllez, l’autre de Libertad Mora et de Carlos Guadalupe Heiras Rodríguez. Une recension a été publiée dans les Archives de sciences sociales des religions (188, 2019, par Federica Rainelli).

Alfonso Margarito García Téllez, Écrits. Manuscrits à miniatures otomi. Nanterre, Société d’ethnologie, 2018.

J’ai aussi publié dans la dernière livraison de la revue Terrain un article sur les écritures martiennes inventées par les spirites Hélène Smith et Ida Cleaveland à la charnière des dix-neuvième et vingtième siècles. J’ai d’ailleurs dirigé ce numéro de Terrain avec Olivier Morin : nous y avons rassemblé une série de contributions à l’anthropologie de l’écriture qui nous ont parues significatives (voir le sommaire ici).

« Écritures martiennes », Terrain 70, 2018, p. 20-37.

Un autre texte d’esprit similaire, écrit en même temps que le précédent – en 2014 –, est paru dans la revue L’Homme. Il s’agit d’une étude de pratiques graphiques qui se présentent comme des écritures révélées, surnaturelles, mais qui sont en fait des pseudographies, c’est-à-dire de simples imitations asémiotiques, indéchiffrables, de lignes d’écriture. Là encore l’étude résulte d’une enquête au long cours : mes premières recherches sur les pseudographies des Shakers datent de 2007. L’article paraît dans un dossier accompagné des textes de Béatrice Fraenkel et de Stephen D. Houston.

« Pseudographies. L’écriture révélée d’Emily Babcock », L’Homme 227-228, 2018, p. 49-68.

Enfin le dernier numéro de la revue Gruppen comporte un texte où j’explore l’histoire des interprétations délirantes des khipus, les cordelettes à nœuds qui servirent dans les Andes de systèmes de comptabilité et d’arts de la mémoire. Je passe en revue les conceptions de Madame de Graffigny, de Raimondo di Sangro, de Léon de Rosny et, last but not least, de Clara Miccinelli et Carlo Animato. Ce texte fait partie d’un chantier sur les mystifications auctoriales (plagiats, contrefaçons, suppositions d’auteur, etc.) que je considère désormais comme clos.

« Contrefaçons », Gruppen 13, 2018, p. 12-19.

Parution XVII

Quelques parutions récentes que je n’ai pas pris le temps d’annoncer sur ce site.

D’abord un long texte dans la revue Anthropos (112-2, 2017) sur les étranges écritures, logographiques et syllabiques, employées au 19e siècle par les missionnaires chrétiens en Amérique du Nord pour évangéliser les Cri et surtout les Déné ; c’est la première étude synthétique sur le sujet et elle est principalement issue de recherches dans les archives canadiennes (celles-là même à partir desquelles j’ai écrit, à peu près simultanément, La Folie arctique).

« Les écritures des missions de l’Ouest canadien », Anthropos 112 (2), 2017, p. 401-427.

Ensuite, dans le numéro 69 de la revue Terrain, un numéro consacré aux fantômes et dirigé par Grégory Delaplace, la traduction d’une nouvelle de Markoosie Patsauq, écrivain inuit que j’ai découvert il y a quelques années à l’occasion de la réédition de son premier roman, Le harpon du chasseur.

Markoosie Patsauq, « La nuit de frayeur d’un homme courageux », Terrain 69, 2018, p. 128-133.

D’ailleurs, en écho à mes anciens travaux sur les récits de rencontre d’entités surnaturelles et à cette récente publication, j’en profite pour partager une citation de Robert Louis Stevenson, Ceux de Falesa (1892), Éditions La Table Ronde, 2016, p. 154-155.

« À quoi elle répondit qu’il y avait d’autres sortes de démons et qu’elle en avait vu un de ses propres yeux.

« Elle était allée seule, un jour, à la baie voisine et peut-être s’était-elle un peu trop approchée de l’endroit maudit. Les branches des arbres projetaient leur ombre sur elle depuis le surplomb de la colline, mais elle se trouvait elle-même à découvert dans un endroit plat où poussaient à profusion de jeunes mangoustiers de quatre à cinq pieds de haut. C’était une journée sombre en pleine saison des pluies et tantôt arrivaient des bourrasques qui arrachaient les feuilles et les emportaient au loin, tantôt l’air était aussi calme qu’à l’intérieur d’une maison. C’est pendant l’une de ces accalmies que toute une bande d’oiseaux et de chauves-souris jaillirent jaillirent de la jungle, comme en proie à la plus grande terreur. Peu après, elle entendit un bruissement tout proche et elle vit apparaître, sortant du bois parmi les mangoustants, quelque chose qui ressemblait à un vieux sanglier gris et efflanqué. L’animal avançait, pensif comme un être humain, et soudain, tandis qu’elle le regardait s’approcher, elle comprit qu’il ne s’agissait nullement d’un sanglier mais d’un être humain, avec d’humaines pensées. Alors elle prit la fuite, et le cochon sauvage courait derrière elle et tout en courant il hurlait à tue-tête, faisant retentir de ses clameurs tous les échos du voisinage. »

Enfin un court texte dans Histoires et usages des plantes psychotropes, un livre collectif au titre transparent édité par Sébastien Baud ; j’y reprends entre autres choses le manuscrit de Constant Tastevin qui décrivit, au début du vingtième siècle, une cérémonie d’absorption d’ayahuasca chez les Waninawa.

« Un siècle d’hallucinations rituelles », Histoires et usages des plantes psychotropes, sous la direction de Sébastien Baud, Paris, Imago, 2018, p. 331-348.

J’ai fermé le site Google (ouvert il y a 12 ans) sur lequel apparaissait l’ensemble de mes publications avec une courte présentation de chacune et un lien vers son fac-similé pdf. J’en ai transféré le contenu sur ce site, dans l’onglet Publications, qui sera dorénavant régulièrement actualisé.

Parution XVI

Nouveau texte paru dans l’ouvrage collectif Gruppen deux mille dix sept

Pierre Déléage, « Nouvelles impressions d’Afrique », Gruppen deux mille dix sept. Paris, éditions Gruppen, p. 250-279.

Réflexions libres sur l’invention d’une nouvelle écriture, l’alphabet Afrika, par David Mboko Mavinga.

Des fragments de ce texte ont été publiés sur ce site en 2013 – ici et .

Sommaire du livre collectif en ligne ici.

Parution XV

En librairie à partir d’aujourd’hui

(Présentation de l’éditeur) Connu pour son travail dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, le missionnaire, linguiste et ethnographe Émile Petitot (1838-1916) est l’auteur d’une œuvre foisonnante qui comprend aussi bien la première grammaire d’une langue amérindienne qu’un étonnant corpus de textes mythiques et rituels. Cependant, au cours de ses vingt années dans le cercle arctique, il sombra dans un long délire : il souffrit de persécutions imaginaires, élabora d’improbables interprétations de la culture de ses hôtes et connut même de violents épisodes de fureur schizoïde. Dans ce passionnant récit anthropologique, Pierre Déléage reconstitue, à partir d’archives inédites et avec l’œil de l’ethnographe, la biographie d’un délire.

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Lectures de Charybde, de Myriagone et de Ballast.

D’autres lectures sont depuis parues dans les Archives de sciences sociales des religions (188, 2019, par Christophe Pons) ou dans Critique (875, 2020, par Éléonore Devevey, sous le titre « Troubles polaires »).

Un ami me signale, depuis la Kunsthaus de Zürich, ce tableau de Max Ernst au titre troublant, Le juif au pôle nord (1934).

Parution XIV

En librairie à partir d’aujourd’hui

(Présentation de l’éditeur) Comment les Amérindiens ont-ils perçu l’alphabet occidental ? Que sait-on de leurs propres écritures ? Quels rôles leur ont-ils fait jouer au sein de leurs dispositifs politiques ou religieux ? Les colonisateurs, et les anthropologues après eux, ont longtemps considéré les sociétés amérindiennes comme dépourvues d’écriture, alors qu’elles employaient des techniques subtiles d’inscription graphique, le plus souvent dérobées aux yeux des observateurs extérieurs. La fameuse Leçon d’écriture de Claude Lévi-Strauss dans Tristes tropiques est le témoin magistral de ces malentendus. Cette scène mythique est ici disséquée et repensée. En étudiant les conceptions amérindiennes de l’écriture, fragmentées et disséminées dans les arts graphiques, les mythes, les discours des chefs et les rituels des chamanes et des messies, j’établis les coordonnées d’une anthropologie inversée, par laquelle ce sont cette fois les colons et leur culture qui sont pris comme objets de pensée. Ce faisant, je mets au jour les conditions épistémologiques et politiques de toute enquête anthropologique, tout en laissant sourdre dans la composition même du livre la violence, symbolique et réelle, qui a donné dans les sociétés amérindiennes forme et valeur à la notion d’écriture.

Pour en savoir plus on peut écouter ce podcast de RTS avec Laurence Difélix.

Lectures dans les Archives de sciences sociales des religions (184-4, 2018, par Anouk Cohen) et dans Annales. Histoire, Sciences sociales (74-2, 2019 par Rémi Hadad & Isabel Yaya McKenzie).