Locus Solus

Nouveau texte paru dans l’ouvrage collectif Gruppen dix mille dix sept

Pierre Déléage, « Nouvelles impressions d’Afrique », Gruppen deux mille dix sept. Paris, éditions Gruppen, p. 250-279.

Réflexions libres sur l’invention d’une nouvelle écriture, l’alphabet Afrika, par David Mboko Mavinga.

Une version très écourtée de ce texte a été publiée sur ce site en 2013 – L’enchâssement (1/7), L’enchâssement (2/7), L’enchâssement (3/7).

Sommaire du livre collectif en ligne ici.

La folie arctique

En librairie à partir d’aujourd’hui

Pierre Déléage, La folie arctique. Bruxelles, Zones sensibles, 2017.

« “Quoi me reposer après vous avoir vu cette nuit tuer Jésus Christ et sa mère et les jeter en enfer, non ! Non, je suis ici pour les venger”. Sur ce il prit la porte, retourna à la cuisine et revint avec une hache à la main.»

Le livre porte sur la folie qui s’est emparée du missionnaire catholique français Émile Petitot (1838-1916), parti évangéliser les Indiens Déné dans le Grand Nord canadien, Petitot dont toute l’œuvre ethnographique repose sur un long délire qui mêla persécutions imaginaires, interprétations historiques et culturelles invraisemblables et crises de fureur schizoïdes.

Lettres mortes, le livre

En librairie à partir d’aujourd’hui

Pierre Déléage, Lettres mortes. Essai d’anthropologie inversée. Paris, Fayard, 2017.

Comment les Amérindiens ont-ils perçu l’alphabet occidental ? Que sait-on de leurs propres écritures ? Quels rôles leur ont-ils fait jouer au sein de leurs dispositifs politiques ou religieux ? Les colonisateurs, et les anthropologues après eux, ont longtemps considéré les sociétés amérindiennes comme dépourvues d’écriture, alors qu’elles employaient des techniques subtiles d’inscription graphique, le plus souvent dérobées aux yeux des observateurs extérieurs. La fameuse Leçon d’écriture de Claude Lévi-Strauss dans Tristes tropiques est le témoin magistral de ces malentendus. Cette scène mythique est ici disséquée et repensée. En étudiant les conceptions amérindiennes de l’écriture, fragmentées et disséminées dans les arts graphiques, les mythes, les discours des chefs et les rituels des chamanes et des messies, j’établis les coordonnées d’une anthropologie inversée, par laquelle ce sont cette fois les colons et leur culture qui sont pris comme objets de pensée. Ce faisant, je mets au jour les conditions épistémologiques et politiques de toute enquête anthropologique, tout en laissant sourdre dans la composition même du livre la violence, symbolique et réelle, qui a donné dans les sociétés amérindiennes forme et valeur à la notion d’écriture.

Pour en savoir plus on peut écouter ce podcast de RTS avec Laurence Difélix.

L’enchâssement (7/7)

Nouveau numéro de la revue d’artiste ¬ Nada

 

Le numéro 36 de la revue ¬ Nada éditée par Laurent Marissal enchâsse dans une notice biographique hétéroscopique de Pierre Darriand, ethnologue français méconnu, quatre dossiers inédits reçus il y a quelques années au Laboratoire d’anthropologie sociale. Les dossiers ont pour thèmes la copie, la récitation, le plagiat et la contrefaçon. La revue se distribue de la main à la main ou sur abonnement ; mais on peut aussi aller voir par là.

Pour un premier compte rendu, autoscopique celui-là, des travaux de Pierre Darriand, il faut se rendre ici.

Lire la suite

Écritures du Yunnan

Nouveau texte paru dans Études Chinoises

22520100848130LPierre Déléage, « Versets chamaniques », Études chinoises 34-2, 2015, p. 300-304.

Un récit traditionnel bien diffusé dans le Yunnan raconte comment un jeune homme muet apprit à parler grâce à l’enseignement conjugué d’un singe et d’une faisane : le premier articulait soigneusement des paroles secrètes tandis que la seconde les traçait sur le sol sous la forme de caractères. Dans Versets chamaniques (Nanterre, Société d’ethnologie, coll. « Écritures », 2013), son deuxième ouvrage, Aurélie Névot fait de ce mythe un paradigme de l’initiation chamanique chez les Nipa : la mémorisation de longs chants rituels y est en effet inséparable du déchiffrement d’une écriture secrète, distincte de l’écriture chinoise. La tradition qui fait l’objet du livre s’inscrit ainsi dans une forme singulière de « chamanisme à écriture ».

Les Nipa, aussi connus sous l’exonyme Sani et autrefois sous l’appellation péjorative Lolo, forment un sous-groupe de la nationalité Yi, l’une des vingt-six minorités de la province chinoise du Yunnan. Ils sont environ quatre-vingt mille, vivent de l’agriculture et de l’élevage et comptent aujourd’hui une centaine de chamanes qui remplissent les fonctions de devins, de guérisseurs et d’exorcistes mais que l’on dénomme simplement « maîtres de la psalmodie » (bimo). Si les maîtres de la psalmodie participent à toutes les cérémonies de leur communauté, celles liées au calendrier rituel comme celles, plus ponctuelles, des fêtes de naissance ou de mariage, ils sont avant tout, comme leur nom l’indique, des chanteurs. En effet, chez les Nipa, l’apprentissage du chamanisme, qui commence très tôt, consiste pour l’essentiel en la mémorisation par cœur de longues psalmodies. Celles-ci s’adressent à des entités surnaturelles (esprits et dieux) et leurs paroles sont de ce fait considérées comme inintelligibles par les non-initiés. Ce degré d’opacité élevé s’explique par les métaphores, allégories et autres jeux de mots qui saturent le texte des chants, mais aussi par la troncature des mots qui permet de réduire chaque énoncé à un vers de cinq pieds. La transmission de ces chants secrets prend place entre un maître et un disciple, en général entre le père et le fils, parfois entre le grand-père paternel et le petit-fils, et elle demeure interdite aux femmes. Le savoir des chamanes bimo est passé sous les fourches caudines de la Révolution culturelle pendant laquelle il fut rabaissé au rang de superstition, ses cérémonies interdites et ses manuscrits brûlés dans des autodafés.

Lire la suite

Edinson Ramos Vasquez

Nouveau texte paru dans l’ouvrage collectif Gruppen, Hypalampuses Hemeras

CouvGruppen11-02Pierre Déléage, « Retour à Pucallpa », Hypalampuses Hemeras. Paris, éditions Gruppen, 2016, p. 34-42.

Où il est question d’un retour, en 2014, dans la ville de Pucallpa en Amazonie péruvienne ; d’un chamane shipibo rencontré en l’an 2000 ; et de livres de magie circulant entre Europe et Amérique.

On trouvera dans le même ouvrage un texte de Grégory Deshoullière, « Vanité aux livres », sur la diffusion et l’usage des livres de magie en pays jivaro.

Sommaire du livre collectif en ligne ici.

Préhistoires de l’écriture

Nouveau texte paru dans l’ouvrage collectif Préhistoires de l’écriture

Electre_979-10-320-0040-3_9791032000403Pierre Déléage, « Préface »,  Préhistoires de l’écriture. Iconographie, pratiques graphiques et émergence de l’écrit dans l’Égypte prédynastique, sous la direction de Gwenola Graff & Alejandro Jimenez Serrano. Presses universitaires de Provence, 2016, p. 5-15.

J’ai écrit cette préface en décembre 2013, suite à la parution d’Inventer l’écriture. J’avais voulu dans ce livre reprendre le problème de l’origine de l’écriture en empruntant une voie inédite : en étudiant de près le contexte de l’invention de différentes techniques de notation assez récentes (du 17e au 19e siècle), je souhaitais isoler quelques invariants permettant d’expliquer en quoi la genèse d’une écriture devient, à un moment donné, pour une population donnée, quelque chose d’utile et de désirable.

Les techniques de notation que j’analysais dans le livre n’étaient toutefois pas exactement ce qu’on entend d’habitude par « écriture » ; et je me rendis rapidement compte que certains de mes lecteurs m’attribuaient une définition de l’écriture beaucoup trop généreuse (un peu à la Derrida). Or, pour que mon argument fonctionne, il fallait un concept d’écriture qui se réduise aux seules techniques graphiques de notation de discours.

C’est pour corriger ce malentendu que j’ai écrit cette préface où je distingue, le plus clairement possible j’espère, les systèmes graphiques qui ne sont pas des écritures de ceux qui peuvent être considérés comme des écritures. J’y expose également en quoi ces nouvelles définitions permettent de repenser le problème de l’invention de l’écriture.

Un texte paru sur ce site à la même époque, Ceci n’est pas une écriture, a été pensé comme le complément documentaire de cette préface.

Mataliwa Kulijaman

Nouveau texte écrit avec Mataliwa Kulijaman paru dans l’ouvrage collectif Paroles en images

751-225x270

Mataliwa Kulijaman & Pierre Déléage, Dessins de monstre, motifs graphiques, écriture : autour d’un texte wayana. Ipo milikut ïlïtpë, imilikut : wajana nïlïtpï, Paroles en images. Écritures, corps et mémoires (éd.) C. Fausto & C. Severi. Open Edition Press, 2016, p. 89-106. [pdf] [html]

Un texte expérimental à quatre mains, en partie bilingue. Mataliwa Kulijaman et moi nous sommes appuyés sur la rédaction d’un texte issu de la tradition orale des Wayana de Guyane française pour aborder les problématiques de l’écriture, des répertoires graphiques traditionnels, de l’invention de traditions artistiques amazoniennes et de la relation de l’auteur à son texte.

 

754-225x270

Une version portugaise est publiée simultanément :

Mataliwa Kulijaman & Pierre Déléage, Desenhos de monstros, padrões gráficos, escritura : em torno de um texto wayana. Ipo milikut ïlïtpë, imilikut : wajana nïlïtpï, Palavras em imagens. Escritas, corpos e memórias (éd.) C. Fausto & C. Severi. Open Edition Press, 2016, p. 87-103.

Le texte, qui a connu un important retard de publication, a été élaboré pour l’essentiel entre 2011 et 2012. C’est je crois le résultat le plus abouti de ma collaboration avec Mataliwa Kulijaman dont le ressort, en ce qui me concerne du moins, n’était pas seulement de « rendre la parole » à un auteur en devenir appartenant à une minorité dominée et opprimée, en l’occurrence les Wayana de Guyane française, et de « décoloniser l’anthropologie » comme on disait dans les années 1970, mais aussi, et probablement avant tout, de lui ménager activement, selon la sentence du Philosophe, des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles le début d’une œuvre puisse prendre forme. L’avenir dira jusqu’à quel point nous avons échoué.

J’en profite pour signaler quelques jalons de notre travail :

Mataliwa Kulijaman & Pierre Déléage, Imilikut eitoponpë : inscriptions originelles wayana, Vacarme 58, 2012, p. 204-217.

Mataliwa Kulijaman & Pierre Déléage, Tïmilikhem, « ce qui peut être inscrit », Jokkoo 15, 2013, p. 11.

Pierre Déléage, Mataliwa Kulijaman, Les Amis du musée du quai Branly, 28 février 2013.

On trouvera également des traces de cette collaboration sur ce site, par exemple dans l’Histoire de Pilima mais aussi ailleurs.

Repartir de zéro, le livre

En librairie à partir d’aujourd’hui

Repartirdezero

Pierre Déléage, Repartir de zéro. Paris, éditions Mix, 2016.

En 1964 le poète américain Jerome Rothenberg déclame à New York devant un auditoire médusé des vers « primitifs et archaïques » librement traduits des traditions indiennes d’Amérique du Nord. Quatre ans plus tard il en tire l’anthologie qui fit date, Les Techniciens du sacré, empruntant aux avant-gardes de l’époque leurs ambitions et leurs procédés. En exhumant les sources de ces textes, Pierre Déléage observe la métamorphose de discours traditionnels recueillis par des ethnologues en œuvres proches des expérimentations du mouvement dada, de la poésie concrète ou des poètes du Black Mountain College. Cette rencontre entre ethnologie et littérature permet d’aborder d’un regard neuf les problèmes de la traduction des traditions orales, de la signification des glossolalies, de la diversité des formes d’écriture et des aléas du statut de l’auteur.

Le livre peut également être commandé sur le site de R-Diffusion – où l’on pourra télécharger gratuitement le sommaire et la préface. Il s’agit d’une version très augmentée des textes publiés sur ce site en février 2015 sous le même titre. Un chapitre a été rédigé en collaboration avec Grégory Deshoullière.

Une belle scolie de Claude Favre est parue dans Cahier Critique de Poésie.

Ian Packer a publié une recension dans Revista Mana. Estudos de Antropologia Social.

On pourra aussi lire la très fine analyse d’Éléonore Devevey parue dans la livraison de novembre 2016 de Critique sous le titre « Traduire en poète, lire en anthropologue ».

La querelle de 1875

Nouvel article paru dans Recherches amérindiennes au Québec

Couv_RAQ45(1)Pierre Déléage, La querelle de 1875 : Léon de Rosny, Émile Petitot et le manuscrit micmac, Recherches amérindiennes au Québec 45 (1), 2015, p. 39-50.

Le premier Congrès international des américanistes, qui se tint à Nancy en 1875, fut le théâtre d’une violente querelle opposant Léon de Rosny, philologue positiviste, à Émile Petitot, missionnaire de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée. Les enjeux étaient multiples : si la définition des critères du savoir légitime constituait le principal objectif des organisateurs du congrès, les tenants de la doctrine chrétienne vinrent y défendre, contre le polygénisme de l’anthropologie naissante, l’unité adamique de la race humaine et l’origine asiatique des Amérindiens. C’est toutefois lors de la discussion d’un manuscrit prétendument iroquois que se cristallisèrent les enjeux implicites d’une querelle qui s’attacha soudain à l’origine et à l’authenticité d’une écriture amérindienne : l’insuffisance de l’érudition acquise par le philologue en bibliothèque rejoignit alors la cécité résultant de la relation essentiellement prosélyte que le missionnaire avait établie avec les Amérindiens. L’article se conclut par le rétablissement de la vérité historique : le manuscrit était, en fait, micmac.

Les livres d’Alfonso García Téllez

Nouveau texte paru dans l’ouvrage collectif Traverser

TraverserPierre Déléage, Les livres d’Alfonso García Téllez, Traverser. Chantier littéraire. Bois-Colombes : Carnets Livres, 2015, p. 118-129.

Depuis México il faut prendre le métro et se rendre au terminus nord de la ligne trois, Indios verdes. La sortie de la station donne sur un dédale de ruelles couvertes, un alignement d’échoppes où l’on achète des produits de beauté, des tacos, des vêtements bon marché, des brosses à dents, des friandises, des DVD piratés, à peu près tout ce que l’on veut, dans une atmosphère mêlant les effluves astringentes d’eau stagnante et le chaos sonore sursaturé des derniers tubes de rancheras. On demande où passe le bus pour la ville de Tulancingo. On emprunte l’une des passerelles métalliques qui enjambent la dizaine de voies que compte à ce niveau l’avenue des Insurgentes. L’escalier débouche sur un trottoir exigu coincé entre un mur grillagé et une bande d’arrêt d’urgence. Plusieurs passagers patientent déjà ; ils confirment qu’ils espèrent eux aussi un bus pour Tulancingo. Un bus finit par s’arrêter, dix minutes ou deux heures plus tard. On paie directement au chauffeur. À la différences des gares routières de México, personne ne monte pour filmer un à un les passagers.

Lire la suite

Un cas d’hallucination

Il y a quelques années, tandis que je m’épuisais en vain à peaufiner les soubassements d’une approche populationnelle des chants rituels amazoniens, je m’accordai une pause pour écrire une brève présentation de ma traduction d’un texte de Morán Zumaeta Bastín. La présentation s’étoffa peu à peu et devint un article auquel j’accrochai de longues notes de bas de page. En voici le résumé :

Rituels du livre en Amazonie

Si les sociétés d’Amazonie n’ont pas éprouvé le besoin, avant l’arrivée des colons d’origine européenne, d’élaborer des écritures codifiant leurs langues, elles comprirent rapidement l’usage qui pouvait en être fait. Ainsi certains prophètes et chamanes perçurent tout l’intérêt que pouvaient revêtir les livres afin de renforcer l’autorité, et donc la diffusion et la pérennité, de leurs innovations rituelles. Deux exemples de tels usages du livre sont ici présentés et comparés. On montre d’abord comment les prophètes kapon se sont, dès le 19e siècle, appropriés les livres à la fois pour asseoir le prestige de leurs visions et pour accroître la stabilité de la transmission de leurs discours rituels. L’étude d’un texte d’un professeur yine, Morán Zumaeta Bastín, concernant l’usage des livres par un chamane de son peuple au début du 20e siècle, permettra ensuite de comprendre pourquoi ce genre d’innovations rituelles nécessite un contexte très singulier qui leur permet de survivre à celui qui les a créées.

Un ami de Cambridge, ayant lu l’article un an avant sa parution, lorsqu’il était toujours à la recherche d’une revue scientifique qui veuille bien l’accueillir, me confia s’être senti un peu gêné. Il lui semblait qu’il manquait quelque chose, que pour donner de la force à mes réflexions sur l’écrit en Amazonie, je devrais relier le thème de manière plus consistante au chamanisme, à la violence de la situation coloniale (usages de l’écriture par la mission, l’administration et les commerçants) ou encore aux théories locales des objets et des personnes, etc. J’aurais ainsi rejoint les problématiques débattues par mes collègues et mon texte aurait paru, pour une fois, moins décalé, moins inactuel.

Lire la suite